Dix personnages surgissent et prennent le crachoir. Ils disent tout ce qu’ils pensent, les mots et les idées qui émanent de leur vécu immédiat. Avec eux, les tabous tombent et les points de vue inquiètent. Si leur impudeur fait rire, leur sincérité trop grande irrite. L’histoire qu’ils s’inventent ensemble pour sortir de leur banalité exceptionnelle nous connecte furieusement à l’état du monde et à ses appels à l’aide. Voici l’humain ordinaire dans toute sa splendeur, la gueule acérée.
Texte d’Étienne Pagé
Mise en scène de Claude Poissant
Une production du Théâtre PÀP
C’est une histoire qui ressemblait un peu à ça, une fille étendue sur le plancher, des confettis et des balounes à moitié dégonflées. Ils dansaient tout autour ce n’est pas vraiment grave, demain on ramassera.
Depuis une semaine, ils marchent sur les balounes pétées en riant comme des crazy lovers.
On a passé la nuit à regonfler une tonne de balounes roses. À les accrocher au plafond. À trouver que c’est donc ben cool, passer la nuit à gonfler une tonne de balounes roses.
Des fois, y’en a une ou deux qui pètent et il ne faut pas se sauver en courant, en criant fuck off avec des cheveux à moitié dans la bouche et dans les yeux.
Reste donc qu’il faut se dire. Il reste six ou sept sacs full of baloons, tsé.
C’est un samedi comme presque tous les autres samedis. Sauf qu’on m’a écrit en plein milieu de la nuit depuis que je te connais, toutes les filles sont laides pis c’est vraiment inexplicable mais c’est trop beau à lire et relire et lire et relire et ça m’a tellement donné envie de pleurer parce qu’il dit aussi qu’il n’est pas un prince charmant mais ça, c’est trop fuckin pas vrai.
Il est 4h11, j’ai six cennes de luck dans ma poche gauche et je viens tout juste de terminer mes smarties rouges. Et je fais un voeu, et même plusieurs. Ici.
Quand on était pogné sur St-Denis à 4h du matin. Parce qu’il n’y avait pu de métro. Et que c’était inconcevable qu’on se paye un taxi pour rentrer à presqu’Anjou, tsé. Alors on attendait le premier métro, station Mt-Royal. Et pour passer le temps, on allait manger des brochettes de poulet et des poutines gratinées au Fameux.
Quand c’était grave mais pas tant que ça de ne pas savoir ce qu’on voulait faire plus tard, comme métier de vrai adulte. Quand on vivait les mêmes incertitudes, le même quotidien.. en même temps, tous ensemble.
Aujourd’hui, je regarde des chiens se sniffer le cul à la télé.
Vous autres, vous faites quoi?
La journée a été longue mais pas tant que ça, finalement.
On allait au cinéma et les 2e année avait le choix entre Astro Boy et A Christmas Carol 3D. Je pensais aller voir Astro mais last minute, même si j’avais averti c’est un peu épeurant, il y a des fantômes en 3D tsé les amis.. ils ont presque tous choisi le film avec les fantômes en 3D.
Finalement, même moi j’ai eu peur. Et j’ai sursauté trois fois avant de trouver le film boring et de dormir un peu, à côté d’Amélie et Justine qui enlevaient leurs lunettes pour ne pas voir le fantôme en 3D finalement et qui bouchaient leurs oreilles en se tenant la main. Ça, c’était real real cute.
Astro était tout aussi plate, paraît-il.
On aurait tellement dû s’apporter du popcorn en cachette. Pis des bonbons. Mais au moins, on a gardé les lunettes 3D sans les vitres pis ça, c’est cool.
J’ai rêvé que je m’étouffais et le feeling en se réveillant = pas cool.
J’ai aussi rêvé à mon presque meilleur ami comme d’un amoureux so so sweet et le feeling en se réveillant = un peu cool mais pas tant que ça, finalement.
Toutes mes tasses à café traînent sur le comptoir, avec un peu de vieux café séché dedans. Y’a les assiettes aussi. Les verres. Les ustensiles. Les chaudrons.
J’ai bu du coke, j’ai mangé des chips, beaucoup de chocolat, ça fait 3 semaines que je skip le cours de yoga du jeudi, la piscine? Y fait trop frette.
Le laisser-aller de novembre après les si belles intentions de septembre..
Me coucher un peu saoûle à minuit 59 et savoir que mon réveil va sonner dans 6h plus une minute, ça me donne l’impression que je ne passerai pas une belle journée, tantôt.
Je dors beaucoup depuis dimanche. Parce que l’automne sous les couvertures, c’est chaud et confortable et que souvent, il y a la pluie qui tombe et je trouve ça un peu froid, de la pluie dans les yeux quand mon vélo dévale la pente – les feuilles jaunes et les feuilles oranges et les feuilles trempées – les saisons passent, l’été au parc reviendra, l’herbe verte, la pétancle, la piscine et les bandes dessinées tout l’après-midi.
J’ai reconnu son sourire quand elle a dit je vais te dire un secret mais il ne faut pas le répéter et j’ai donc ri parce que tout le monde sait que les princesses, ça ne garde pas les secrets. Surtout pas ce genre de secrets-là. Les graves, ceux qui font pleurer ou qui, au contraire, rendent très très joyeux, je les garde précieusement dans mon coffre aux secrets mais les autres petits secrets de rien du tout, ceux qui font rire ou qui font rendre les yeux trop grands en disant ben voyons donc, eux autres, il faut propager la nouvelle, donnez-au-suivant-kind-of-shit. Genre.
J’ai une nouvelle amie depuis trois semaines. Elle s’appelle Vanesssss. Elle n’aime pas les feuilles des arbres qui sont malades. Elle a dix-neuf ans. Peut-être vingt-deux. Et j’aime ça les jeunes gens. Parce qu’ils ne réalisent pas encore que c’est crazy en crisse.. un 3 1/2 à deux. Ils sont juste fous pis j’aime ça, les jeunes gens fous. Quand j’avais cinq ans, ma meilleure amie en avait trois. Même toute petite de rien du tout, j’avais plus de fun avec les jeunes gens.
Parce que coller des pois verts sur une belle pancarte jaune, ça, god, ça s’appelle vivre.
Je connais un drôle de dude qui ne dîne pas et qui prend 4 tylenols one shot parce qu’il a mal à la tête. Mon ancienne coloc aurait dit si tu as mal à la tête, bois mange ou dors.
J’écoute Everywhere pis j’ai trouvé ce vidéo pis c’est donc quétaine mais je trouve ça cute quand même un peu. He is so so into her. À 3:55, TROP drôle..!
Les enfants ne s’étonnent même plus de me croiser dans les corridors avec ma couronne rose poilue qui tient à moitié sur ma tête princesse Anna, tu as retrouvé ta couronne mais ton prince lui, l’as-tu finalement trouvé?
Sinon, il y a ces quelques rues entre ici et là-bas. Et du chocolat chaud, juste au coin.
Ah oui et hier midi, on dînait tous ensemble dans un fast food top dégueu et j’ai commandé une rondelle d’oignon et il y avait un des oignon ring .. en forme de coeur. J’ai capoté.
Relire tous les courriels de Juillet pour s’en faire une couverture de mots, chaude même dans l’hiver qui approche.
…& puis acheter un billet de train pour Kazan. Parce que la perspective de onze heures & demie passées sur les bancs durs du wagon de troisième classe, je sais pas pourquoi, je pourrais pas l’expliquer mais c’est comme ça, moi ça me revigore.
(Secret: c’est parce que peu importe où je suis, j’ai toujours au moins un peu envie de partir.
How come you never got married Mr. Fletcher? – Jerry
Well, the common story is, the girl that you’s gon’ ask you waited too long to ask. She went on to marry somebody else and then you can’t find anybody to compare to her, so what happens?… You get old. - Elroy Fletcher
J’écoute 10 things I hate about you parce que j’adore les histoires qui finissent bien. Pis parce que je veux que la mienne continue à rouler rose et surtout parce que j’aimerais donc ça écrire des histoires pour enfants qui finissent tout le temps bien, je vais prendre des petites vacances.
Je vais arrêter d’écrire sur l’amour pis je vais essayer de le vivre, à la place.
Souhaitez-nous bonne chance.
Parce que crisse, c’est ça.
Souhaitez-nous bonne chance.
Pis ce poème-là, même après 10 ans, il me fait pleurer à chaque, chaque fois.
Anna a découvert the Street View sur Google Map pis c’est donc ben malaaaade!
C’est mon amie Caval qui m’a montré ça. Tu tapes une adresse, après tu cliques sur le rond rose avec la lettre et tu choisis Street View. Pis là, c’est comme si tu y’étais.
On a genre tapé mon adresse, son adresse, l’adresse chez mes parents, l’adresse chez mon amie. Pis tu vois tout, toute toute toute – le char du proprio, le vélo de la voisine, la parcarte à louer dans la fenêtre, les coeurs sur ma porte..
Hey, c’est donc ben l’fun les dimanches, des fois.
Je l’ai dormi, tout au complet. Je bois mon café du matin, il est 16h34. Il fait déjà sombre, partout dans l’appart rose. Ma laryngite est enfin chose du passé, on va se rejoindre aux balançoires plus tard ce soir et c’est novembre qui commence, le premier mois gris d’une saison interminable.
Je vais mieux et c’est à cause des lumières qui éclairent en étoile.